Sur le cerrito (petit mont) on fête San Cristobal (Saint-Cristophe)

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Dans la première ville fondée par les espagnols au Chiapas, les fêtes de saints sont récurrentes. L’édition 2015 de la San Cristobal, (Saint-Cristophe) a, selon les informations données dans les guides classiques, lieu ce samedi après-midi. S’y rendre constitue la meilleure manière de la découvrir, car il existe peu d’explications écrites à son sujet.

L’église, et le lieu de la fête, se trouvant au sommet d’une colline, s’offrent à nous, pour y accéder, une série d’escaliers à flanc, soit 150 marches. Nous les gravissons avec entrain, et, en haut, se dévoile une vue imprenable sur la ville de San Cristobal de Las Casas. Le bleu du ciel contraste avec le vert des collines, et les habitations aux toits rouges sont éparpillées dans la cuvette.

Le site où se dresse l’église invite à la découverte, et à la détente: autour de l’édifice s’agglutinent des échoppes en tous genres, vendeurs de chips, de churros, de tacos « dorados » (dorés) et autres spécialités populaires. A l’entrée de l’église, des feuilles de pin ont été répandues sur le sol comme le veut la coutume pour les événements importants. Ce n’est pas la première fois que nous nous promenons sur la petite place située derrière l’église, mais elle laisse apparaître, cette fois, un air plus animé. On se croirait presque sur une place de village. Tandis que nous faisons la file pour acheter une glace, à côté de nous, plusieurs femmes en habit traditionnel Tzotzil dégustent les « elotes », (ou épis de maïs bouillis) qu’on trouve au coin des rues. Des guirlandes de drapeaux multicolores et des jeux font la joie des enfants.

Malgré les informations, parfois contradictoires, récoltées auprès des chauffeurs de taxi, il semblerait donc que nous soyons arrivés à point pour la fête du saint. D’ailleurs nous en avons la confirmation, en discutant avec Oscar. Oscar Herrera, chauffeur de taxi de son état, nous rappelle que San Cristobal est le Saint patron des chauffeurs : « je suis venu, comme chaque année, faire bénir mon véhicule, ainsi que me faire bénir moi-même. En tant que catholiques, nous croyons au pouvoir des images. Aujourd’hui c’était le dernier jour pour venir visiter San Cristobal, le protecteur des chauffeurs ».

Comme l’expliquent les anciens, la fête en honneur de San Cristobal s’étale normalement sur 9 jours, dont le dernier, le 25 juillet est le jour même du saint. Avant cela, les représentations paroissiales de différents quartiers de la ville organisent des pèlerinages et se rendent sur le lieu en y apportant des bougies, fleurs, etc…Elles sont reçues sur place par le prêtre qui les bénit. Ces pèlerinages sont la plupart du temps réalisés en matinée. Dimanche passé a eu lieu le « jour du chauffeur » et c’est un événement qui a son importance.

 

le 71ème anniversaire du « jour du chauffeur »

Ce jour-là, des véhicules de toute taille se rendent au sommet du « cerrito » via une route bitumée qui serpente entre les arbres et débouche sur la place derrière l’église. Certains chauffeurs, comme Mario Gomez Espinosa, la cinquantaine passée, nous ont expliqué qu’ils préféraient même éviter de venir ce jour-là quitte à passer un ou deux jours avant. En effet, la route est tellement convoitée qu’il faut parfois quatre heures pour arriver, tant la file de véhicules est longue. L’idée est simplement de se déplacer pour venir remercier S.Cristobal et solliciter son appui pour le futur. Parfois, Mario ne se donne même pas la peine de monter jusqu’en haut du site, puisque l’image de San Cristobal se trouve aussi dans la Cathédrale, ainsi que dans le temple de « Santo Domingo », (Saint Dominique) et qu’il lui suffit donc de se rendre dans l’un des deux lieux pour exécuter son devoir, ou « promesse », comme il l’appelle. Il existe aussi une prière du chauffeur, adressée à San Cristobal.

Les Saints, arrivés avec les espagnols au XVIème siècle ont été adoptés par les populations locales qui leur ont attribué des fonctions diverses et parfois inédites en occident. Chaque ville ou même quartier à l’époque de la conquête, était mis sous le patronage d’un saint. San Cristobal ayant, selon les sources, aidé les chrétiens à traverser le fleuve Jourdain pour fuir les persécutions, il était tout indiqué comme protecteur des voyageurs, chauffeurs, etc…Il est représenté portant Jésus sur son épaule, et tient dans sa main un bâton qui lui permet de ne pas se noyer. La ville, San Cristobal de Las Casas, étant située au creux d’une vallée, fut, par le passé, fréquemment inondée. Elle a d’ailleurs plusieurs fois changé de nom, mais le nom « San Cristobal » a perduré, signe d’un attachement de la population.

Nous découvrons, derrière l’église, une stèle, souvenir d’un rassemblement de chauffeurs de 1975. Puis, la petite place s’anime tout à coup avec l’arrivée d’un groupe de motards, très vite pris en charge par deux prêtres. Une fois les véhicules bénis, le groupe démarre en trombe pour d’autres aventures. Enfin, c’est au tour de plusieurs véhicules, qui n’ont pas l’apparence de taxis ; mais après-tout, tous ceux qui possèdent un véhicule ont un peu un rôle de chauffeur, non ?

Pendant que les prêtres exécutent leur office, un homme, la quarantaine, s’approche. Il semble, vu l’état de ses habits, avoir peu de ressources, et être intéressé par l’acte célébré. A croire qu’il aimerait profiter, lui aussi, de l’aura bénéfique des religieux, et de leur eau bénite. N’oublions pas que, le syncrétisme aidant, l’image du prêtre comme thérapeute a été renforcée. Cet homme qui n’a pas, à première vue l’apparence d’un chauffeur classique (pas de voiture, pour commencer) est-il en quête d’un remède, ou d’une protection spécifiques ?

Avant, nous a expliqué Mario Gomez Espinosa, « on amenait aussi comme offrande, des bouts de bois qu’on faisait brûler de part et d’autre des escaliers qui mènent au sommet pour éclairer le passage de ceux qui, la nuit, montaient pour célébrer les « Maitines », (ou matines) la veille du jour du chauffeur. Aujourd’hui, il y a suffisamment d’éclairages électriques. Et puis, avant, il y a 30 ans, quand on partait de la place centrale, comme il y avait moins de voitures, à l’époque, tout le monde montait dans celles qu’on trouvait pour faire le pèlerinage en haut. Les véhicules étaient décorés, avec des ornements, des ballons, des figurines de papier ».

De nos jours, comme nous l’a dit Mario, il y a peut-être moins d’affluence, pour diverses raisons, mais l’événement a gardé son importance. Pour preuve, l’Évêque actuellement en fonction, F.Arizmendi s’est déplacé à deux reprises pour célébrer la messe, une fois, le jour du chauffeur, et l’autre fois le jour de la San Cristobal. Parmi les raisons de baisse d’affluence, le regain du culte protestant : les protestants, dont la proportion au Chiapas est parmi la plus importante des Etats du Mexique ne participent pas aux fêtes des saints, puisqu’ils sont contre l’idée de vénérer des images. Par ailleurs ils ne boivent pas d’alcool. Il est vrai aussi que les coûts qu’impliquent ces fêtes, essentielles pour le catholicisme, sont une des raisons pour laquelle les gens changent de religion. Par ailleurs, au sein même de la corporation des chauffeurs, la transmission des traditions ne se fait pas toujours, avec les plus jeunes. Victor Lopez Trujillo, la trentaine, fait partie de ceux-là : bien qu’il respecte et soutienne la fête (moralement et parfois en y contribuant économiquement) il n’y participe pas. D’autres aiment faire circuler l’image d’une fête qui sert de prétexte à consommer de l’alcool avec excès. Il est vrai qu’une fête religieuse sponsorisée par des marques de bière, si l’on n’était pas au Mexique, il y aurait de quoi s’étonner!

 

 

Fêter San Cristobal, en musique pardi !

A une des extrémités de la place derrière l’église, une quinzaine de jeunes garçons avec leurs instruments à vent et une grosse caisse se sont appropriés l’espace d’un kiosque et égaient l’atmosphère avec leurs airs populaires. Il s’agit de la fanfare San Pedro, (Saint-Pierre) qui distille ses adaptations de grands succès, comme Cruz de olvido, (croix de l’oubli) du célèbre Vicente Fernandez. Adolfo, originaire de San Pedro Chenalhó, une ville à une cinquantaine de kilomètres au nord, nous confie que son orchestre, une bande de jeunes âgés de la vingtaine en moyenne, joue de tout, et pas spécialement de musique religieuse. Ils jouent cependant souvent dans les fêtes dédiées aux saints, parfois pendant des laps de temps assez longs (6h00 d’affilée). Cela explique peut-être pourquoi ils ne se refusent pas -discrètement quand même- une bonne gorgée de bière de temps à autre, entre deux chansons, tout en se partageant leur enthousiasme à coups de boutades.

La musique a une place de choix dans la société mexicaine, et les musiques traditionnelles, comme la marimba (au Chiapas) ou le mariachi font vibrer les âmes, autant que les musiques plus commerciales. Il est donc logique que les organisateurs de la fête, réunis en confrérie aient particulièrement soigné cet aspect-là. Tandis que des hommes déchargent du matériel audio d’un camion, nous comprenons que le grand concert sera pour le soir. En repassant devant l’église, nous nous trémoussons un peu avec le « grupo musical Chavy », un duo qui tente de faire bouger les groupes de gens, épars. Nous saisissons au vol la chanson « Camaron caramelo », (qui veut dire Crevette caramel) un air populaire dont le nom répété plusieurs fois rapidement (comme « panier piano ») constitue un défi de prononciation à lui tout seul…nous l’emportons comme souvenir de notre passage au « cerrito » de San Cristobal.

Aymeric Lehembre

 

 


One Response
  1. Djiboutik.be » Blog Archive » Mexique: identité musicale du Chiapas :

    Date: février 4, 2016 @ 5:16

    [...] fait des autels pour le saint patron, mais on y met comme offrande du maïs (élément indien). La fête de San Cristobal est un exemple parmi toutes les fêtes de saints, et elle a lieu une fois par an, en haut [...]

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